mercredi 25 avril 2007

Usine Roure : enfleurage à froid

© Auteur du blog "... histoire des Roure" et famille Roure

Les fleurs de Jasmin étaient délicatement collectées le matin même, au moment juste où le parfum est le plus puissant. Apportées aussitôt dans l'usine Roure, de multiples femmes aux mains délicates les disposent sur des petites palettes en verre serties de bois. Posée une à une sur la graisse animale, la fleur va s'évanouir dans ses derniers effluves et nourrir la matière.

L'opération répétée de multiples fois sur près de soixante jours, avec patience, tapis de fleurs par tapis de fleurs, permettra de concentrer les odeurs sur ce coussin de lipides.
Traitée dans l'alcool, la graisse pourra ensuite libérer l'absolu de Jasmin sous forme de pommade dans des proportions extravagantes. En effet près d'une tonne de fleur sera nécessaire pour obtenir tout juste un litre d'absolu.

Cette technique ancestrale fut largement optimisée par la maison Roure avec un équilibre subtil et secret entre la graisse de boeuf et de porc. Cette composition habile captait toute la puissance des fleurs et fit la renommée des absolus Roure sur tous les continents.

jeudi 12 avril 2007

Roure : distillation de la lavande en plein champ

© Auteur du blog "... histoire des Roure" et famille Roure

Sur les hauteurs de Grasse, peut-être dans la vallée de Thorenc, les parfumeurs sont accompagnés de leurs "canards cuivrés", alambics portatifs, façonnés par des dinandiers créatifs.

La lavande a été coupée il y a quelques temps déjà. Pour éviter qu'elle ne fermente, les hommes, l'ont brassé régulièrement, aérant fleurs et tiges de leurs fourches. Il est temps maintenant de procéder à la distillation par l'eau. La plante est insérée dans l'alambic, compressée par le foulage des pieds. Bientôt le couvercle recouvrira cette montagne de senteurs. Porté à ébullition, les molécules vont libérér leurs délicats effluves. Caractéristiques pour la lavande fine. Plus camphrés pour le lavandin.

A travers le circuit de refroidissement, l'eau va se condenser et entraîner avec elle tous les éléments olfactifs. Dans l'essencier vont se dissocier progressivement les différents liquides issus de la distillation. Eau, hydrolat, et la fameuse huile essentielle de lavande peut maintenant enchanter autour d'elle dans sa robe fleurale.

Roure : les cadres posent pour la postérité

© Auteur du blog "... histoire des Roure" et famille Roure

Les cadres de l'usine, comme hier lors d'une photo de classe sont réunis ensemble pour la postérité. Au centre, au premier rang se trouve Louis Roure fils qui repris avec Jean Amic les destinés de l'entreprise après le départ de leur frère et beau-frère Jean Roure.

Il serait intéressant de connaître la date de cette photo ainsi que les noms des autres personnes y figurant. Si vous avez des informations comlémentaires, n'hésitez pas.

mercredi 11 avril 2007

Le Parfum dans le Haiku

Je vous propose d'introduire une "respiration" particulière dans ce blog sur les Parfums Roure avec l'alternance de quelques Haïku, "forme poétique très codifiée d'origine japonaise, à forte composante symbolique, et dont la paternité est attribuée à Bashō (1644-1694). Il s'agit d'un poème extrêmement bref visant à dire l'évanescence des choses" (extrait du Wikipédia).


Les mains dans les poches
Un parfum de cyclamen
Je cueille sa grâce

Une création de Paul de Maricourt en lien avec son dernier ouvrage "A l'oreille du rêveur".

lundi 2 avril 2007

L'oeil du parfumeur : lavoir au moulin de la Foux

© Auteur du blog "... histoire des Roure" et famille Roure

Vous vous retrouvez dans cette photo en 1876 à Grasse, au Moulin de la Foux.
Plus de trente lavandières s'affèrent autour du lavoir de la ville, protégées par leurs chapeaux ou fichus de toile. La vieille dame au centre, toute petite, courbée, concentrée sur son ouvrage est émouvante.

Quelques hommes à gauche, avec leurs bovins discutent ensemble et jettent un oeil vers l'objectif. Le chemin qui descend vers le lavoir est très encombré par les ânes ou le muret servant à étendre le linge. La route qui tourne vers le bas de la ville rassemble beaucoup de monde. On imagine volontiers les cris, injectives, rires, enthousiasmes, discussions enflammées aux accents sucrées du sud. C'est un lieu plein de vie.

Je comprends l'oeil du photographe parfumeur, intrigué et séduit par la scène.
Les Roure composaient alors des essences et absolus pour les grands parfumeurs. Mais les champs de la parfumerie sont vastes. La lessive n'existe pas encore. Et le savon de Marseille est encore un must pour laver le linge, le purifier.
Cet ancien parfumeur photographe se projetait-il dans l'avenir de la société Roure ? S'interrogeait-il sur quelques opportunités ? 80 ans plus tard, la société, puis Givaudan fournira en arômes les grands groupes alimentaires, et en odeurs subtiles les grands lessiviers comme Procter.

J'aime beaucoup cette composition spontanée, pleine de vie, de la haute convivialité d'autrefois, de jeux d'eau, du bruit de la foule, et de projections soulignées par l'oeil du photographe.

Lien sur les lavoirs et les lavandières.

dimanche 1 avril 2007

Mémoire oubliée des Roure : parfums

© Auteur du blog "... histoire des Roure" et famille Roure

Je n'ai pas connu l'ambiance de l'usine de parfum. La famille avait quitté cette industrie quand mon arrière grand-père avait autour de 40 ans. Ancien HEC, aux méthodes de management peut-être iconoclastes, il décida de quitter le trio familial qui avait repris l'usine à la mort de Louis Maximin Roure. Portant le même nom que celui de la société, une clause de non-concurrence signée avec son frère et sa soeur l'empêchait d'exercer ce métier près de 30 ans.

Aussi nous n'avons pas baigné dans cet univers. Je crois même que ce monde secret, convoité, disputé de la parfumerie, invita la famille à prendre un peu le large. Nous n'en parlions plus. Petit-fils j'ignorais même jusqu'à l'existence de cette aventure des anciens sur deux siècles.

Une allusion de ma grand-mère quand j'avais 13 ans, alors que je m'enthousiasmais pour une de cologne de lavande au parfum infiniment subtile, comparable aux créations inoubliables de la parfumerie Profumo Farmaceutica SM Novella de Florence fondé en 1612, me laissa comme un sentiment d'interdit. "Nous devrions en faire un parfumeur". Le silence entoura cette évocation.

Il ne me semble pas me souvenir d'autres commentaires sur ce passé des parfumeurs. Mon arrière grand-père avait bien cherché à la fin de sa vie, à reprendre une autre usine de Grasse. Celle des Bruno Court. Pour relancer la dynamique de la famille dans ce métier et laisser quelque chose peut-être à ses petits-enfants. Les 30 ans étaient passés. Il disposait du droit de revenir dans cet univers. Mais ce fut loin d'être un succès.

A 17 ans, ma grand-mère nous quitta. Et avec elle la dernière descendante des Roure parfumeurs. Le nom perdurait encore dans la société éponyme avant de s'effacer dans la compagnie Givaudan. Cettte année là, je découvrais différentes facettes oubliées de la famille. Les archives tout d'abord. Tous ces papiers conservés sur 5 à 6 générations. Des malles aux souvenirs. Un passé qui fait face. Le monde des parfums et sa cohorte de secrets bien gardés.

Quelques photos mais peu d'objets de la Parfumerie Roure étaient arrivés jusqu'à nous.
Aussi je m'enthousiasmais sur eBay en découvrant aux hasards des recherches quelques bouteilles d'absolu ou des compositions d'essences oubliées. Les codes un peu cabalistiques cachent peut-être un grand parfum préparé pour une maison de Paris, et flottent ainsi quelques mystères. Il ne pouvait s'agir pour moi d'un ersatz de la "madeleine de Proust". Mais j'avais le sentiment de renouer ainsi par le chemin du sens olfactif avec notre histoire commune, familiale et oubliée.